Dioramas of Everyday Life

Formafantasma pour Marni

Par Morgane Burlotto

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Marni FW26 show space, Formafantasma, Milano, Italy, 2026 • © Marco Cappelletti



À l’occasion du défilé Marni FW26/27, qui se tenait à Milan ce 26 février, Meryll Rogge, directrice artistique fraîchement arrivée à la tête de la maison, entamait pour son premier show une discussion intuitive avec le studio de design Formafantasma. La scénographie du défilé, à l’orée entre réalité et représentation, vient interroger la notion du réel dans la mode.

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Habitué à travailler dans un contexte d’expositions, le duo de créatifs à l’origine du studio, formé par Andrea Trimarchi et Simone Farresin, s’est ici intéressé à la manière dont un espace de défilé pouvait s’articuler et dialoguer avec les pièces présentées. « Un défilé est par nature une construction, une architecture temporaire du regard, définie par la chorégraphie, l’éclairage et des points de vue contrôlés.

L’intervention ne vise pas à dissimuler cet artifice ; elle le reconnaît, avec une scénographie pensée comme un dispositif permettant de comprendre la mode comme oscillant entre expérience vécue et représentation. » Ensemble, ils imaginent, Viale Umbria 42, « Dioramas of Everyday Life », un univers poétique ancré dans la réalité. Le projet met en tension deux réalités : celle du fashion show, construit et chorégraphié, et celle, plus discrète et générale, de la vie des vêtements au quotidien.

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Le tableau s’articule autour d’une collection de miroirs, partiellement peints de scènes de vie aléatoires capturées en amont : une portière de voiture, une chaise de bureau, des restes sur une table, une caméra de surveillance, une fenêtre d’ordinateur… Loin d’être des images fortes, ces représentations sont ici maintenues assez longtemps pour être vues. Cette série, peinte à la main par Matilde Mosterts de Banfield, a pour intention de célébrer ces détails du quotidien banalisés, souvent passés inaperçus. Mais pas seulement, le geste intuitif du dessin nous invite à prêter attention, à ralentir, révélant l’habit autrement que dans l’immédiateté de sa présentation. Renvoyant à sa vie hors du catwalk et au fait qu’il prend tout son sens, avec le temps, dans nos routines quotidiennes.

Dans cette scénographie, l’habit est appréhendé sous un regard différent. Il n’est plus perçu comme une pièce détachée ou isolée, réduite à un spectacle ; mais se trouve ici directement rattaché à sa réalité extérieure. Suivant cette logique, les peintures et miroirs fonctionnent simultanément comme images et instruments spatiaux, reflétant et ancrant dans la réalité vêtements, mannequins et public qui se retrouvent dans un champ où représentation et présence sont indiscernables. Brouillant encore plus les frontières et questionnant cette idée de seuil, le duo déploie cet objet utilitaire symbolique : le paillasson.

Celui qui, en temps normal, est destiné à rester au pas de la porte, vient ici fièrement, d’une taille XXL, occuper toute la surface, symbolisant le passage de l’extérieur vers l’intérieur. L’atmosphère domestique et familière est renforcée ici par l’intérieur classique de bâtiment, du bois présent aux assises nostalgiques drapées. •

photos : Marni FW26 show space, Formafantasma, Milano, Italy, 2026 • © Marco Cappelletti • Previous pages: Marni FW26 show space, Formafantasma • © Gregorio Gonella