La couleur structurelle, lumineuse application

Par Juliette Sebille

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Shimber © Justus Hirvi, Helsinki Design Week



Si la couleur s’inspire depuis toujours de la nature, sa mise en application pose encore problème : elle repose majoritairement sur des pigments toxiques, des plastiques ou des films métalliques, dont la durabilité laisse à désirer. Face à cette problématique, consommateurs, marques et fabricants se tournent vers des solutions naturelles ou biosourcées.

Pionnière en la matière, la start-up finlandaise Shimber a choisi une approche encore peu exploitée : la couleur structurelle. À l’instar de certaines fleurs, de coléoptères ou de plumages irisés, cette coloration est impossible à reproduire avec les techniques traditionnelles. Elle naît de micro-structures qui font vibrer la lumière, un peu comme un prisme, ou comme les reflets qui se forment sur un CD ou une bulle de savon. La couleur n’est pas dans la matière, mais provient de la lumière. Le Morpho en est l’exemple emblématique : les ailes du papillon sont couvertes de minuscules écailles en forme de tuiles. Lorsque la lumière les frappe, elle révèle ce bleu métallique intense, pourtant dépourvu de pigment.

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Fascinée par ce phénomène, Noora Yau, alors étudiante en design à l’Université Aalto d’Helsinki, et Konrad Klockars, étudiant en génie chimique, rejoignent le groupe de recherche du professeur Orlando Rojas, figure majeure de la nanocellulose. Leur projet de fin d’études devient un véritable programme de recherche, puis le coeur de leurs travaux doctoraux et, in fine, la base scientifique de Shimber. « Déjà au cours de ma licence en céramique et en arts verriers, la couleur était centrale. Mais j’ai aussi réalisé que ces couleurs chatoyantes étaient souvent produites à partir de plastiques ou de composants toxiques. Certaines glaçures lustrées utilisées en céramique sont si dangereuses que, dans notre cursus, les étudiants de licence n’avaient pas le droit de les utiliser. D’autres, comme les particules d’or, sont très coûteuses », souligne Noora.

Pour contourner ces limites, Shimber mise sur un procédé unique de couleur structurelle, en cours de brevet. Du bois est réduit en fragments microscopiques, appelés nanocellulose, puis appliqué sur une surface, un peu comme on poserait une peinture. Et la magie opère : la matière, pourtant incolore, se transforme en couleurs éclatantes et intenses. Le tout est non toxique et exclusivement composé de bois. « Nous sommes en Finlande, pays des forêts. C’est donc la ressource idéale pour assurer une chaîne d’approvisionnement fiable et locale. Sa biodégradabilité est également un atout pour les marques soucieuses de leur impact. Tester d’autres biomasses — paille de blé, algues — pourrait être intéressant à l’avenir, mais la question centrale, expliquent-ils, est de pouvoir créer des couleurs irisées sans teintures. »

À l’été 2025, le projet a pris son envol : Shimber est devenue une société. Noora et Konrad se sont associés à deux autres profils, experts en management et en design de mode, et bénéficient du soutien d’un investisseur. Leur laboratoire, situé à Espoo, non loin de l’université où ils se sont rencontrés, est opérationnel. « Jusqu’ici, la couleur structurelle concernait surtout des usages techniques, comme les capteurs optiques. Nous, nous avons travaillé dès le départ sur la dimension visuelle et son application dans la mode, le design, l’architecture… » Présents à l’occasion de la Milan Design Week en avril dernier, ils participeront à la Stockholm Design Week en février 2026. Ces perspectives s’étendent au secteur automobile, en quête d’alternatives aux peintures métallisées. •

Photos : Shimber © Justus Hirvi, Helsinki Design Week • Shimber • © Valeria Azovskaya