Archives and Treasures, École Boulle, Paris, France © Nathan Robin
L’École Boulle abrite une plâtrothèque composée de plus de 4 000 modèles, allant de la petite figurine de quelques centimètres à des pièces monumentales de plusieurs mètres.
Cette collection, qui couvre une période s’étendant de l’Égypte ancienne au début du XXe siècle, sert de référence stylistique et de vocabulaire formel pour les étudiants. Chaque plâtre, qu’il soit égyptien, gothique, Renaissance ou Art nouveau, représente une étape dans leur progression. Ces pièces constituent la base d’un long travail de copie, essentiel pour affûter le regard et acquérir les gestes techniques fondamentaux.
En effet, l’enseignement de la sculpture à l’École Boulle repose sur une progression méthodique. Les étudiants commencent par la copie de plâtres, d’abord en bas-relief, puis en haut-relief, avant d’aborder la ronde-bosse, c’est-à-dire la statuaire. Cette approche par la copie, qualifiée de « solfège » par les enseignants, est un passage obligé pour acquérir une liberté future. Deux grandes familles structurent l’atelier : l’ornement, pris en charge par Patrick Blanchard, et la statuaire, animée par Yorane Lebovici, qui enseigne la morphologie humaine et animale. L’objectif est d’aiguiser le regard et la main des élèves, tout en leur transmettant une solide culture des formes.
UNE PALETTE DE POSSIBILITÉS
Après la maîtrise de la copie, les étudiants développent leurs propres projets à partir de la deuxième année de licence. Ils peuvent utiliser la terre pour modeler des volumes, y compris imposants. Ce matériau souple autorise l’erreur et les repentirs, ce qui en fait un outil d’apprentissage et de recherche idéal. Cependant, la terre crue étant fragile et difficile à conserver pour de grands volumes, les élèves apprennent les techniques de moulage pour fixer leurs créations. Le plâtre redevient alors le matériau de prédilection. Les étudiants expérimentent différentes techniques, du « creux perdu » — un moule en plâtre utilisé pour un unique tirage — au moule à pièces, complexe assemblage rappelant un puzzle en volume. Pour les formes les plus délicates ou les éditions multiples, ils ont recours aux moules en silicone, permettant des tirages en plâtre ou bien en résine pour les œuvres de très grand format, où la légèreté devient nécessaire. Face à des projets de grande envergure, comme la reproduction d’un écorché de Houdon à échelle humaine, les étudiants utilisent aussi le polystyrène. Ce matériau offre une alternative légère et modifiable, idéale pour les études préparatoires avant la taille du bois. Contrairement au bois, où l’erreur est souvent irrémédiable, la terre et le polystyrène autorisent les retouches et les recommencements. Cette phase d’étude est cruciale pour garantir la réussite des œuvres définitives.
LA COMPLÉMENTARITÉ DES SAVOIR-FAIRE
L’atelier de sculpture accueille simultanément une quarantaine d’étudiants, tous niveaux confondus, des lycéens en formation des métiers d’art (FMA) aux étudiants en licence. Cette mixité favorise les échanges et l’émulation. Chaque projet, qu’il soit personnel ou pédagogique, passe systématiquement par le dessin, puis par le modelage ou la taille, avant d’aboutir à une réalisation finale. De plus, aujourd’hui, l’atelier intègre des outils contemporains comme la tronçonneuse pour l’ébauche de gros volumes, ou la commande numérique. Ces technologies ne remplacent pas le geste ancestral mais viennent le compléter, permettant de réaliser des projets qui ne pourraient être menés à bien uniquement à la main.
Forts de cette boîte à outils technique et stylistique unique, les étudiants sont prêts à perpétuer les savoir-faire d’exception tout en inventant les formes de demain. Les plâtres de l’École Boulle ne sont pas seulement des modèles ; ils sont les témoins vivants d’un savoir-faire qui se transmet de génération en génération. Issus de dons, d’échanges avec d’autres institutions ou réalisés par les enseignants eux-mêmes, ils continuent d’inspirer et de former les étudiants de l’école. Ici, le plâtre n’est pas qu’un matériau : il est à la fois la mémoire et l’avenir de la sculpture. •
photos : Atelier Sculpture, École Boulle, Paris, France © Emma Lutz