Portfolio

Mathilde Hiley

Par Sébastien Maschino

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Chevalier © Mathilde Hiley


Photographe de la matière et de la lumière, Mathilde Hiley développe une pratique où le regard s’attarde sur les surfaces, leurs vibrations et leurs métamorphoses.

À la croisée de la photographie et de la peinture, son travail explore la capacité de l’image à troubler notre perception du réel, jusqu’à frôler l’abstraction. Attentive aux textures et aux reflets, elle compose des images sensibles où les objets perdent leur fonction pour devenir formes et sensations. Dans cet entretien, elle revient sur son approche, ses influences et son désir de faire dialoguer lumière, matière et imaginaire.

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Dans votre travail, comment la texture ou la matérialité des sujets influence-t-elle la manière de photographier ?

La texture et la matérialité sont souvent le point de départ de mon approche. Je suis d’abord attentive à la surface : la manière dont elle reçoit, retient ou réfléchit la lumière. Photographier du verre, du métal, de la céramique ou un textile implique une attention différente. La lumière ne se comporte jamais de la même manière : elle glisse, s’accroche ou disparaît dans la surface. Ces réactions guident mes choix de cadrage et de composition. Ce que j’aime, c’est que le résultat reste imprévisible. Même une matière que je connais ne réagit jamais exactement de la même façon selon le contexte. Il y a toujours une forme de surprise dans la rencontre entre lumière et matière. Il m’arrive d’accorder plus d’importance à la texture qu’à la forme. Certaines images deviennent presque abstraites lorsque la surface prend le dessus. Ce qui m’intéresse, c’est de donner à la photographie une présence presque physique, comme une sensation tactile.

Qu’est-ce qui vous attire dans certaines matières ?

Je suis attirée par les matières qui se transforment avec la lumière. Le métal en est un bon exemple : selon sa surface, il peut être miroir ou presque velouté. Il produit une grande richesse de nuances, avec des reflets qui font apparaître des teintes inattendues. Il y a aussi quelque chose de très tactile. Le métal porte des traces, des irrégularités, et cette imperfection contrebalance le côté maîtrisé de mes images. Il apporte immédiatement de la texture et une vibration. C’est aussi une matière très réactive à la lumière : il suffit de peu pour qu’elle devienne intéressante à photographier.

Comment Duchamp et la peinture inspirent-ils votre manière de transformer l’ordinaire en matière artistique ?

Duchamp a été une référence importante. Ce qui m’intéresse chez lui, c’est sa capacité à changer notre perception de l’objet, à montrer qu’un objet ordinaire peut devenir oeuvre par un changement de contexte. La photographie possède une puissance comparable : par un point de vue ou une lumière, un objet simple peut devenir abstrait ou poétique. La peinture a aussi joué un rôle fondamental. L’impressionnisme m’a marquée par son attention à la lumière et aux couleurs. Les surréalistes m’ont intéressée pour leur capacité à détourner le réel et à faire émerger une dimension onirique. Aujourd’hui, je suis fascinée par l’hyperréalisme. Dans mon travail, j’ai l’impression de faire le chemin inverse : brouiller la frontière entre photographie et peinture, créer des images qui pourraient être perçues comme des tableaux. La photographie est devenue pour moi une façon d’y accéder autrement, un moyen de construire des images qui s’en approchent. •

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Photos : Chevalier • Workshop, Alexander Lamont, Bangkok, Thailand • Fortune vase - Burnt Orange, Alexander Lamont • © Mathilde Hiley