Raucord Falls • © Chaska Briceño Bousquet
Et si le rotin n’était plus réservé au siège ? Le Studio Drucker est le fruit de cette interrogation.
La Maison Drucker ne vous est peut-être pas familière, mais ses créations, elles, le sont. Elles peuplent les terrasses des cafés parisiens et, aujourd’hui, se répandent au-delà des frontières françaises : les fameux sièges en rotin. Depuis 1885, la manufacture perpétue l’art du tressage et du mobilier en rotin, entre patrimoine et innovation. Un an plus tard, en 1886, naissait une autre institution du savoir-faire français : l’École Boulle.
Deux maisons contemporaines, nées dans le même élan d’excellence artisanale, dont il aura pourtant fallu plus d’un siècle pour que les chemins se croisent. C’est le designer Anthony Guerrée qui en est à l’origine. En 2020, il fait appel à la fabrique pour concevoir un modèle de sa collection de chaises inspirée de La Recherche du temps perdu de Marcel Proust. Quelques années plus tard, c’est la Maison Drucker qui contacte le créatif, devenu professeur à l’École Boulle, pour imaginer un partenariat inédit avec l’institution pédagogique.
Naît alors le Studio Drucker, un laboratoire créatif au sein de l’école, bien plus qu’un simple exercice académique. Le projet a pour ambition de transmettre un artisanat tout en explorant le patrimoine historique de la manufacture à travers un regard neuf, celui des jeunes talents de l’école. Ce sont les étudiants du DNMADE Design d’Objet, Édition et Production, qui inaugurent le Studio Drucker en interrogeant une pratique peu explorée par la manufacture : le panneau décoratif.
Comment exploiter les gestes, les ressources matérielles et techniques de la maison à travers un autre langage, cette fois visuel ? Comment apporter du volume à une surface et animer un motif en deux dimensions ? Les étudiants ont ainsi mené une réflexion inversée dans leur approche du rotin. L’objet n’est plus la finalité, mais le prétexte à une recherche approfondie du dessin.
Après une immersion dans les ateliers de la Maison Drucker près de Compiègne, ils découvrent le matériau et son façonnage à l’aide de l’étuveuse, qui humidifie, chauffe et assouplit le rotin. Au contact de cette matière vivante, les dessins ont pris forme. Des trames, des géométries, des entrelacements graphiques jouant sur les couleurs, la lumière et la vibration du rotin.
Cette première édition, SURFACES, démontre la versatilité du tressage. Ce dernier s’affranchit des formes traditionnelles pour s’intégrer comme un élément à la fois décoratif et architectural : revêtement mural, tête de lit, paravent, voire patère. Les recherches, résolument modernes, ont ouvert la voie à de nouvelles perspectives. Les prototypes ont été présentés en janvier sur le stand de la Maison Drucker à Maison&Objet, accompagnés d’un catalogue éditorialisé restituant l’esprit du projet à travers dessins, maquettes et fragments de prototypes.
Alors que les nouveaux étudiants de deuxième année poursuivent l’exploration des capacités du rotin à s’exprimer dans l’espace autour du thème de la « Ligne », l’École Boulle approfondit sa collaboration avec la Maison Drucker. Cette année, l’institution pédagogique fête ses 140 ans et, pour marquer l’événement, elle se lance un nouveau défi : revisiter la chaise, objet emblématique de la manufacture française. Les étudiants de quatrième année se confrontent ainsi à un univers de design productif — loin de la haute ébénisterie qu’ils étudient habituellement.
Ils devront composer avec les contraintes du matériau et réinventer l’assise en intégrant les rebuts de rotin dans leurs créations. Autant de futures explorations qui prolongent la rencontre entre artisanat et innovation, et participent à faire rayonner l’excellence du savoir-faire français à travers le regard des designers de demain. •
L.Drucker workshops © Myrtille Debras
Framework, modelling © Lester Argüelles
Raucord Falls © Chaska Briceño Bousquet
Digital image, meshy © Robin Sant